Le gouvernement fédéral belge a franchi une étape décisive ce mercredi en finalisant les grandes lignes de son budget pour l'année 2026. Après des semaines de tensions internes au sein de la coalition De Wever II, les sept partis qui la composent ont finalement dégagé un consensus autour d'un programme d'assainissement des finances publiques dont l'ambition affichée est de ramener le déficit budgétaire sous la barre des 3% du PIB d'ici 2028.

Cette annonce intervient dans un contexte économique mondial particulièrement incertain, marqué par la persistance de l'inflation dans la zone euro, la pression croissante des marchés financiers sur la dette souveraine belge, et les avertissements répétés de la Commission européenne quant à la trajectoire budgétaire du pays. La Belgique figure en effet parmi les États membres les plus endettés de l'Union, avec une dette publique qui dépasse 108% du PIB.

Les grandes mesures adoptées

Le plan budgétaire comprend une série de mesures qui touchent plusieurs pans de la société. Sur le plan des recettes, le gouvernement prévoit une contribution accrue des grandes entreprises et une réforme partielle de la fiscalité sur le patrimoine mobilier. Ces ajustements devraient, selon les projections du Bureau du Plan, générer environ 650 millions d'euros de recettes supplémentaires.

Du côté des dépenses, les coupes les plus significatives concernent les pensions anticipées, qui seront progressivement réformées pour encourager le maintien au travail jusqu'à 65 ans. Le ministre des Pensions, David Clarinval, a insisté sur le caractère « socialement équilibré » de la réforme, en précisant que les travailleurs ayant effectué des métiers pénibles bénéficieront de dérogations spécifiques.

La transition énergétique est également au cœur du budget. Un fonds de 400 millions d'euros sera consacré à la rénovation des bâtiments publics et à l'accélération du déploiement des énergies renouvelables. Ce volet vert du budget a été salué par les écologistes, bien que certains estiment que les montants restent insuffisants au regard des objectifs climatiques européens pour 2030.

Des réactions contrastées dans la société civile

Les syndicats ont immédiatement réagi à l'annonce gouvernementale. La FGTB a dénoncé ce qu'elle appelle un « budget anti-social », pointant du doigt les coupes dans les allocations de chômage et le gel partiel des pensions des fonctionnaires. Une journée d'action nationale est d'ores et déjà annoncée pour le 18 avril prochain, en concertation avec la CSC et la CGSLB.

Du côté patronal, la FEB (Fédération des Entreprises de Belgique) a accueilli favorablement les mesures visant à réduire le coût du travail et à simplifier les procédures administratives pour les PME. Son président, Pieter Timmermans, a toutefois exprimé des réserves quant à la contribution supplémentaire demandée aux grandes entreprises, estimant qu'elle pourrait nuire à la compétitivité internationale de la Belgique.

Les économistes universitaires sont, quant à eux, partagés. Paul De Grauwe, professeur à la London School of Economics, salue « l'effort de sérieux budgétaire » tout en mettant en garde contre un risque de récession si les mesures d'austérité sont appliquées trop rapidement. L'économiste liégeoise Muriel Dejemeppe préconise, elle, d'accompagner les coupes de politiques d'investissement dans la formation professionnelle pour éviter que le chômage de longue durée ne s'aggrave.

Quelles perspectives pour la coalition ?

L'accord budgétaire est certes une victoire pour le Premier ministre Alexander De Wever, qui avait fait de l'assainissement des finances publiques le cœur de son programme de gouvernement. Mais les fractures au sein de la coalition restent profondes. Plusieurs parlementaires de la MR et des Engagés ont exprimé publiquement leurs inquiétudes quant à l'impact social des mesures adoptées, laissant planer un doute sur le vote final en plénière, prévu pour le 15 avril.

Les oppositions, de leur côté, promettent un examen minutieux de chaque ligne budgétaire. Le chef de file du PS au Parlement, Ahmed Laaouej, a qualifié ce budget de « plan de régression sociale au service des plus aisés ». Le PTB a annoncé une série d'amendements visant à rétablir les allocations de chômage dans leur forme actuelle. Quant au Vlaams Belang, il dénonce l'insuffisance des économies réalisées sur l'immigration et la sécurité.

Malgré ces turbulences, le gouvernement semble déterminé à aller jusqu'au bout. La secrétaire d'État au Budget, Alexia Bertrand, a affirmé que « la trajectoire est claire et irréversible », et que la Belgique n'avait d'autre choix que d'agir maintenant pour préserver la qualité de ses services publics à long terme. Les marchés financiers ont, pour l'heure, accueilli favorablement les nouvelles, avec un léger recul du taux d'intérêt sur la dette souveraine belge à dix ans.

Conclusion

L'adoption de ce budget marque donc un tournant dans la politique économique belge. Si les défis restent immenses — dette élevée, vieillissement de la population, transition écologique —, le gouvernement De Wever II semble avoir trouvé un équilibre précaire entre rigueur et investissement. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si cet accord résistera aux pressions sociales et politiques qui ne manqueront pas de se manifester.